L'essentiel

  • Segmenter, c'est découper votre base en groupes homogènes pour envoyer à chacun un message qui le concerne.
  • Depuis novembre 2025, Gmail rejette les envois non conformes : une base segmentée génère moins de plaintes et protège votre délivrabilité.
  • Commencez par 3 à 5 segments fondés sur le comportement et l'engagement, avec des données collectées dans le respect du RGPD.

Envoyer la même newsletter à toute sa base reste la pratique la plus courante dans les entreprises françaises, et c'est souvent la raison pour laquelle les résultats plafonnent. La segmentation consiste à répartir vos contacts en groupes selon ce que vous savez d'eux (achats, centres d'intérêt, niveau d'engagement, étape de la relation commerciale), puis à adapter le message à chaque groupe. En 2026, l'enjeu dépasse la performance : les grandes messageries sanctionnent les expéditeurs dont les emails suscitent des plaintes, et un envoi ciblé en suscite beaucoup moins qu'un envoi de masse.

0,1 % taux de plaintes pour spam à ne pas dépasser selon Google
48 h délai maximal attendu par Gmail pour traiter une désinscription
24 % des marketeurs jugent la segmentation comme la tactique la plus efficace (Litmus)

Qu'est-ce que la segmentation emailing

La segmentation emailing désigne le fait de diviser une liste de destinataires en sous-groupes, appelés segments, à partir de critères communs : la localisation, l'historique d'achat, les clics dans les précédents emails ou encore le poste occupé. Chaque segment reçoit ensuite des contenus, des offres et un rythme d'envoi pensés pour lui. Dans les outils d'emailing, cela passe par des listes, des étiquettes (tags) et des segments dynamiques qui se mettent à jour automatiquement quand un contact remplit une condition.

Un segment peut être très large, comme « tous les clients ayant acheté au cours des 90 derniers jours », ou très fin, comme « les contacts de la région lyonnaise inscrits depuis moins d'une semaine ». Plus le segment est étroit, plus le message doit être précis, et plus il a de chances de toucher juste.

Segmentation et personnalisation : deux leviers complémentaires

On confond souvent les deux notions. La segmentation décide qui reçoit un email, en regroupant des contacts qui se ressemblent. La personnalisation adapte le contenu à chaque individu : son prénom dans l'objet, les produits qu'il a consultés, sa date de fin d'abonnement. Litmus prend l'exemple d'un segment de clients fidèles, à qui l'on envoie une offre dédiée, chaque email étant ensuite personnalisé avec l'historique d'achat du destinataire. Les deux se combinent, mais la segmentation vient en premier : un email parfaitement personnalisé envoyé à la mauvaise personne reste un email hors sujet.

Pourquoi segmenter en 2026 : plaintes et délivrabilité

Un email générique finit par lasser une partie de la base. Les destinataires qui ne se sentent pas concernés ignorent vos messages, se désinscrivent ou, pire, cliquent sur « Signaler comme spam ». Mailchimp le rappelle : un faible engagement et des désabonnements en hausse indiquent aux fournisseurs de messagerie que vos contenus ne sont pas désirés, et vos emails glissent peu à peu vers le dossier indésirables.

Ce mécanisme a pris une tout autre ampleur avec les exigences des expéditeurs imposées par Google et Yahoo depuis février 2024, puis par Microsoft pour Outlook.com en 2025. Selon l'aide officielle de Gmail, un expéditeur doit maintenir son taux de spam, mesuré dans l'outil Postmaster Tools, sous 0,1 % et ne jamais atteindre 0,3 %. Les expéditeurs dits « en masse », c'est-à-dire ceux qui envoient environ 5 000 messages ou plus par jour vers des comptes Gmail personnels, doivent en outre proposer la désinscription en un clic et traiter chaque demande sous 48 heures. Depuis novembre 2025, Gmail a durci l'application de ces règles : les messages non conformes subissent des rejets temporaires ou définitifs, là où ils étaient auparavant simplement filtrés.

0,1 %, cela représente une plainte pour mille emails délivrés. Sur une base de 20 000 contacts, vingt clics sur « spam » suffisent à atteindre le seuil recommandé. La segmentation est l'un des moyens les plus directs de rester en dessous : en n'envoyant une promotion qu'aux personnes susceptibles d'être intéressées, et en écartant les contacts inactifs des envois courants, vous réduisez mécaniquement la part de destinataires agacés. L'authentification technique (SPF, DKIM, DMARC) reste bien sûr un prérequis, détaillé dans notre guide sur la délivrabilité email.

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Une plainte pèse plus qu'un désabonnement

Un contact qui se désinscrit ne nuit pas à votre réputation d'expéditeur. Un contact qui vous signale comme spam, si. Rendre le lien de désinscription visible et envoyer moins, mais mieux ciblé, protège davantage votre délivrabilité que n'importe quelle astuce de rédaction.

Au-delà de la délivrabilité, les bénéfices mis en avant par Litmus, Mailchimp et Zapier se rejoignent : des objets plus pertinents donc plus d'ouvertures, des contenus plus ciblés donc plus de clics, des offres adaptées donc plus de conversions, et moins de désabonnements. Selon le rapport State of Email de Litmus, 24 % des marketeurs placent la segmentation en tête des tactiques les plus efficaces pour améliorer leurs performances. Pour situer vos propres résultats, notre article sur le taux d'ouverture emailing donne les repères par secteur.

Les grands critères de segmentation

Tous les critères ne se valent pas. Les guides de Litmus, Mailchimp et Zapier s'accordent sur un point : le comportement prédit mieux les intentions que le profil. Voici les familles de critères à connaître, de la plus simple à la plus riche.

Critères démographiques et géographiques

L'âge, la fonction, la ville ou le pays forment la base. Zapier qualifie la localisation de segment « facile et à fort impact » : elle permet d'annoncer un événement local, une ouverture de magasin ou une offre régionale uniquement aux personnes concernées. Pour une entreprise française, segmenter par département ou par zone de chalandise évite par exemple d'inviter un contact marseillais à un atelier à Lille. Attention au critère du genre, que Zapier recommande de n'utiliser que sur la base de données réelles et jamais de suppositions.

Critères comportementaux

C'est la famille la plus puissante. L'historique d'achat est présenté par Zapier comme l'un des signaux les plus forts pour anticiper les besoins futurs : il permet de recommander des produits complémentaires ou de rappeler un réapprovisionnement. S'y ajoutent les pages consultées sur votre site, les produits mis en favoris, les paniers abandonnés et le canal d'achat (boutique physique, site, les deux). Ces données supposent de relier votre outil d'emailing à votre site ou à votre CRM, le logiciel de gestion de la relation client.

Engagement email

Le niveau d'engagement se lit dans les ouvertures et surtout dans les clics, plus fiables depuis que la protection de la vie privée d'Apple Mail gonfle les ouvertures. Zapier suggère de distinguer les abonnés très engagés, qui ouvrent plus de la moitié de vos emails, des abonnés qui en ouvrent moins de 10 %. Les premiers méritent vos contenus en avant-première, les seconds une fréquence allégée ou une séquence de réactivation.

Étape du cycle de vie

Un nouvel inscrit, un prospect qui compare les offres, un client récent et un client fidèle n'attendent pas la même chose. Mailchimp découpe le parcours en quatre temps : découverte, considération, décision et fidélisation. Zapier y ajoute une cinquième étape, la recommandation, où les clients de longue date deviennent des ambassadeurs via un programme de parrainage.

Critères propres au B2B

En B2B, la taille de l'entreprise, son secteur et le rôle du contact changent tout. Zapier donne l'exemple d'un même sujet traité différemment pour un directeur financier et pour un responsable des opérations : l'un veut des chiffres, l'autre veut savoir ce qui change dans son quotidien. Distinguer décideurs et utilisateurs est souvent le premier segment rentable pour une entreprise qui vend aux professionnels.

Préférences déclarées

Le plus simple reste parfois de demander. Un centre de préférences, page où l'abonné choisit ses thèmes et sa fréquence de réception, permet aux contacts de construire eux-mêmes leur segment. Litmus parle de données « zero-party » : des informations que l'abonné partage volontairement, donc fiables et parfaitement légitimes à exploiter.

Segmenter sa base email en 4 étapes

La démarche décrite par Mailchimp et Zapier suit la même logique. Elle s'applique aussi bien à une base de 2 000 contacts qu'à une base de 200 000.

  1. Faire l'inventaire des données. Zapier propose trois questions : quelles données collectez-vous déjà, lesquelles pourriez-vous commencer à suivre, lesquelles faut-il demander directement aux contacts. Les premières donnent vos segments immédiats, sans effort.
  2. Choisir les critères et collecter. Alignez les critères sur vos objectifs du trimestre plutôt que sur tout ce qui est possible. Complétez progressivement les profils : Litmus recommande le « profilage progressif », qui consiste à demander peu à l'inscription puis à enrichir au fil des échanges.
  3. Construire les segments et automatiser. Créez des segments dynamiques dans votre outil pour que les nouveaux contacts y entrent seuls, selon leurs actions. Litmus conseille de partir d'un segment large, puis d'affiner en ajoutant des critères de comportement.
  4. Mesurer, tester, ajuster. Comparez ouvertures, clics, conversions et désabonnements segment par segment. Un test A/B entre un envoi segmenté et un envoi à toute la base mesure concrètement le gain.
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Commencez petit

Mailchimp recommande de démarrer avec 3 à 5 segments principaux avant d'ajouter de la complexité. Litmus cite un obstacle fréquent : 20 % des marketeurs estiment que réunir les bonnes données est la principale difficulté de leur production d'emails. Mieux vaut trois segments bien alimentés que quinze segments vides.

10 idées de segments à mettre en place

Ces idées sont tirées des listes de Zapier et de Litmus, adaptées à des entreprises françaises. Choisissez-en deux ou trois qui correspondent à votre activité plutôt que de tout lancer en même temps.

  • Nouveaux inscrits des 30 derniers jours : une séquence de bienvenue pendant que l'intérêt est encore frais. Litmus propose trois emails : l'accueil, un court questionnaire sur les attentes, puis un contenu adapté aux réponses.
  • Clients fidèles ou gros acheteurs : accès en avant-première, offre réservée, invitation au parrainage. Fidéliser coûte moins cher que conquérir.
  • Abonnés très engagés et abonnés en perte de vitesse : deux traitements distincts, contenu exclusif pour les uns, fréquence réduite pour les autres.
  • Paniers abandonnés : un rappel dans les heures qui suivent, avec les produits exacts laissés dans le panier. Zapier conseille de ne pas proposer de remise d'office et de la réserver aux relances suivantes.
  • Visiteurs intéressés mais non acheteurs : ceux qui ont consulté plusieurs fois une fiche produit ou ajouté un article en favori. Une alerte de baisse de prix ou de retour en stock tombe juste.
  • Rôle dans l'entreprise (B2B) : décideurs, utilisateurs, acheteurs reçoivent des angles différents sur la même offre.
  • Clients professionnels et particuliers : si vous vendez aux deux, séparez-les. Un webinaire technique n'intéresse pas le particulier, une vente flash n'intéresse pas l'acheteur d'entreprise.
  • Sensibilité au prix : l'historique d'achat distingue les clients attentifs aux promotions de ceux qui recherchent la nouveauté ou le haut de gamme.
  • Saisonnalité : acheteurs du Black Friday, des fêtes, de la rentrée. Litmus recommande de caler les offres sur ces temps forts pour chaque segment concerné.
  • Localisation combinée au comportement : Zapier cite l'exemple d'un accès anticipé à une vente réservé aux abonnés d'une ville et intéressés par une catégorie précise. C'est la combinaison de deux critères qui rend l'envoi pertinent.

La plupart de ces segments déclenchent naturellement des scénarios automatisés : bienvenue, relance de panier, réactivation. Notre article sur le marketing automation détaille la construction de ces séquences, que nous ne reprenons pas ici.

Segmentation et RGPD : ce que vous pouvez utiliser

Segmenter suppose de traiter des données personnelles, ce qui place l'exercice sous le Règlement général sur la protection des données (RGPD). Trois règles encadrent la pratique en France.

Une base légale pour chaque envoi. Selon la CNIL, la prospection par email auprès de particuliers exige un consentement préalable, libre, spécifique, éclairé et univoque, recueilli par une action positive comme une case non précochée. Une exception existe pour les clients existants, à condition que la prospection porte sur des produits analogues à ceux déjà achetés ; la simple création d'un compte ne suffit pas. En B2B, la prospection peut reposer sur l'intérêt légitime si le message est en rapport avec la profession du destinataire, qui doit être informé et pouvoir s'opposer simplement à chaque envoi. Notre guide pour créer une newsletter revient sur la collecte du consentement.

Des données pertinentes et limitées. Le RGPD impose de ne collecter que les informations nécessaires à la finalité annoncée. Demander la date de naissance pour envoyer une offre d'anniversaire se justifie ; accumuler des champs « au cas où » ne se justifie pas. Soyez transparent : Litmus insiste sur le fait que les abonnés doivent comprendre comment leurs données servent à personnaliser ce qu'ils reçoivent, et votre formulaire d'inscription doit l'indiquer.

Aucune donnée sensible. Les données dites sensibles au sens du RGPD (santé, opinions politiques ou religieuses, origine, orientation sexuelle, appartenance syndicale) ne doivent pas servir à segmenter vos campagnes marketing. Les exemples américains de segmentation par pathologie ou par score de crédit ne sont pas transposables tels quels en France. Restez sur le comportement d'achat, l'engagement et les préférences déclarées.

Quels outils pour segmenter

Les plateformes d'emailing courantes en France, comme Brevo (ex-Sendinblue, éditeur français), Mailchimp ou Sarbacane, également éditée en France,, permettent toutes de créer des listes, d'attribuer des étiquettes et de construire des segments à partir des attributs des contacts et de leurs réactions aux campagnes. La différence se joue surtout sur la richesse des données que vous pouvez y faire remonter.

Litmus décrit l'ensemble idéal : l'outil d'emailing comme centre de commande, un CRM pour l'historique des échanges et des achats, un outil d'analyse pour suivre le comportement sur le site, et éventuellement un moteur de personnalisation pour le contenu dynamique. Une entreprise de taille moyenne n'a pas besoin de tout : relier la boutique en ligne ou le CRM à l'outil d'emailing couvre déjà l'essentiel des segments comportementaux. Pour suivre le comportement des visiteurs côté site, un GA4 bien configuré complète le dispositif, comme expliqué dans notre article sur les indicateurs clés GA4.

Si votre base est éclatée entre plusieurs fichiers et outils, la première étape consiste souvent à la centraliser et la nettoyer. C'est précisément le type de chantier que nous menons dans nos missions d'accompagnement emailing.

Mesurer les résultats et éviter les pièges

Une segmentation se juge sur les chiffres de chaque segment, pas sur la moyenne de la base. Suivez ouvertures, clics, conversions, désabonnements et plaintes par segment, puis, quand c'est possible, le chiffre d'affaires par email envoyé. Mailchimp propose un rythme de révision simple : un contrôle mensuel des tendances d'engagement, un bilan trimestriel pour réallouer vos efforts vers les segments qui performent, et une refonte annuelle pour supprimer ceux qui ne servent plus.

Les erreurs les plus fréquentes, relevées par Litmus et Mailchimp, sont les suivantes :

  • La sur-segmentation : multiplier les critères jusqu'à obtenir des groupes de quelques dizaines de contacts, impossibles à alimenter en contenus.
  • L'oubli des inactifs : les laisser dans tous les envois dégrade l'engagement moyen. Isolez-les, tentez une réactivation, puis retirez ceux qui ne réagissent pas.
  • Le tout démographique : l'âge ou la ville ne disent rien de l'intention. Le comportement doit primer.
  • Les nouveaux inscrits négligés : un contact qui ne reçoit rien pendant trois semaines après son inscription a déjà oublié pourquoi il s'est inscrit.
  • Des messages contradictoires : un contact présent dans plusieurs segments ne doit pas recevoir deux offres incompatibles la même semaine. Définissez des règles de priorité.

Une segmentation bien menée ne se construit pas en une fois. Elle progresse à mesure que vos données s'enrichissent et que vos tests confirment ou infirment vos hypothèses. Si vous souhaitez partir sur de bonnes bases, notre équipe emailing peut auditer votre base actuelle et définir avec vous les premiers segments prioritaires.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre segmentation et personnalisation ?
La segmentation décide qui reçoit un email, en regroupant des contacts qui partagent des critères communs (achats, engagement, localisation). La personnalisation adapte ensuite le contenu à chaque destinataire, par exemple avec son prénom ou les produits qu'il a consultés. Les deux se combinent, mais la segmentation vient en premier.
Combien de segments créer pour commencer ?
Mailchimp recommande de démarrer avec 3 à 5 segments principaux, fondés sur des comportements liés au chiffre d'affaires comme l'historique d'achat ou l'engagement. Ajoutez des critères seulement quand vous avez assez de données et de contenus pour alimenter chaque segment.
La segmentation améliore-t-elle la délivrabilité ?
Oui, indirectement. Un email ciblé suscite moins de plaintes pour spam et moins de désabonnements qu'un envoi de masse. Or Google demande de maintenir le taux de spam sous 0,1 % et de ne jamais atteindre 0,3 %, et Gmail rejette depuis novembre 2025 les messages non conformes à ses exigences expéditeurs.
Quelles données peut-on utiliser pour segmenter sans enfreindre le RGPD ?
Vous pouvez utiliser les données collectées légalement et utiles à la finalité annoncée : historique d'achat, clics, pages consultées, préférences déclarées, localisation, fonction en B2B. Les données sensibles (santé, opinions, origine, orientation sexuelle) sont à exclure, et la prospection des particuliers suppose leur consentement préalable, sauf pour des clients existants et des produits analogues.
À quelle fréquence revoir ses segments ?
Un rythme simple consiste à contrôler l'engagement chaque mois, à faire un bilan trimestriel pour concentrer vos efforts sur les segments qui performent, et à revoir l'ensemble une fois par an pour supprimer les segments devenus inutiles.

Votre base email mérite mieux qu'un envoi unique

On analyse vos contacts et vos données, on définit les segments prioritaires et on les met en place dans votre outil d'emailing, dans le respect du RGPD.

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